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Octobre

Comédie Tchétchène (pas toujours très drôle)

Cie Viesàvies

Spectacle lauréat du concours 2009 des Nouvelles Écritures

 

L’histoire, tout le monde la connaît. En 2002, un commando de séparatistes tchétchènes prend en otages les spectateurs d’une comédie musicale au théâtre de la Doubrovka à Moscou.

Mais pourquoi un théâtre ? Ces combattants désespérés (et donc dangereux) d’une cause oubliée se placent là où nul ne peut plus les ignorer. Ayant investi les lieux, les rebelles décident d’utiliser l’outil tombé entre leurs mains pour ce qu’il est.

Bruno Lajara utilise le procédé baroque du théâtre dans le théâtre. Les preneurs d’otages sont comédiens et rejouent la prise d’otages. Alors ? Prise d’otages spectaculaire ou spectacle d’une prise d’otages ?

Porté par les théâtres de Cachan, du Kremlin Bicêtre, d’Ivry et de Nogent sur Marne, le concours des Nouvelles Écritures est une initiative qui vise à faire découvrir des textes et des auteurs de théâtre, à rapprocher l’écriture théâtrale contemporaine des publics. Une centaine de textes dramatiques inédits ont été sélectionnés par des comités de lecteurs qui constituaient le jury. Le texte  lauréat choisi à l’issue des lectures publiques, puis confié à un metteur en scène, est maintenant présenté sur les scènes des quatre théâtres.

Distribution

Texte Yoann Lavabre (Éditions l’espace d’un instant)
Mise en scène & scénographie Bruno Lajara
Musique Simon Mimoun
Costumes Dominique Louis
Assistée de Sohrab Kashanian
Chorégraphie Johanna Classe
Ingénieur du son Hervé Herrero
Programmation informatique Charles Hannotte
Création vidéo Maxime Midière
Régie générale Olivier Floury
Avec Christian Abart, Rachid Boukrim, Bruno Buffoli, Carine Bouquillon, Johanna Classe, Perrine Fovez, Saverio Maligno, Ali Meziti, David Thénard

Crédits photo Olivier Hubert

L'équipe artistique

L’AUTEUR
Yoann Lavabre naît en 1973 à Rabat (Maroc). De formation universitaire, cet artiste complet revendique sans détour une conception politique du théâtre, non dénuée d'humour et d'autodérision (Le Sang des Bêtes, d'après Ajax de Sophocle, 1996 ; Sac plastique, 2003 ; Perdu le Nord, 2006). Il est aujourd’hui directeur de la Ferme de Bel Ébat, Théâtre de Guyancourt. Le texte Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) (2004) a obtenu l'aide d'encouragement de la commission d'aide à la création d'œuvres dramatiques du Ministère de la Culture et de la Communication et a été lauréat des Journées d’auteurs de Lyon en 2005. Ce texte  paraît aux éditions L’Espace d’un instant.

LE METTEUR EN SCENE
Bruno Lajara, est directeur artistique de VIESÀVIES, metteur en scène, auteur et réalisateur. Il crée de nombreux spectacles comme 501 blues, avec des anciennes ouvrières, mais aussi Léon le Nul, Une Chenille dans le cœur, Fuites, Les Révoltés, Les Enfants, P’tite mère… Il réalise des courts métrages et des œuvres entre documentaire et art vidéo. Il réalisera en 2012  son premier long métrage Les Mains bleues, co-écrit avec Dominique Sampiero.

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Avis de la presse

Le terrorisme tchétchène refait irruption dans le théâtre. Bruno Lajara revient sur le drame du théâtre moscovite de 2002. Comédie Tchétchène (pas toujours très drôle) déconstruit les représentations du terroriste et revisite le conflit russo-tchétchène à travers un dispositif de théâtre dans le théâtre qui s’aventure en terrains mouvants. Détonnant.

L’entre-deux : la position la plus difficile à tenir. Dès son titre, Comédie tchétchène (pas toujours très drôle) annonce  une tonalité qui se situera entre tragique et comique et qui fera grincer le rire. La pièce a été écrite par Yoann Lavabre à partir de la tragique prise d’otage effectuée par un commando tchétchène dans un théâtre moscovite en 2002. Celle-ci fit 127 morts parmi les 800 otages, probablement pour la plupart en raison des gaz employés par les forces russes au moment de l’assaut “libérateur“. La supposée cinquantaine de tchétchènes du commando ne compta aucun rescapé, offrant l’occasion à Lavabre de rappeler l’élégant : « Nous poursuivrons les terroristes partout. (…) Si on les prend dans les toilettes, eh bien, excusez-moi, on les butera dans les chiottes » prononcé par Poutine en 1999.

« Quand le théâtre oublie le monde, le monde se rappelle au théâtre »
Pas plus que la phrase du dirigeant russe, la pièce mise en scène par Bruno Lajara, manifestement anti-Poutine, n’est dans l’entre-deux… Mais n’y voir « qu’un  procédé simpliste », comme l’écrit Manuel Piolat Soleymat dans La Terrasse,  paraît injuste et inapproprié car s’il prend position, ce spectacle ne se gêne pas pour faire entendre plusieurs voix. Plutôt que dans l’entre-deux, en fait, Comédie tchétchène se positionne comme un contrepoids. En bascule. La phrase prêtée à un membre du commando tchétchène en concentre le propos : « quand le théâtre oublie le monde, le monde se rappelle au théâtre ». Qu’y a-t-il de l’autre côté du miroir ? C’est dans cet entre-deux là, là où ni  la télé ni notre curiosité ni même notre théâtre ne nous conduisent, que le metteur en scène de la compagnie Vies à Vies se propose de nous emmener. Ce geste-là, à lui seul, suffirait.

La pièce commence donc par la représentation de cette première comédie musicale niaiseuse façon Brodway jouée à Moscou, Nord-Ost, qui se tenait chaque soir dans le théâtre de la Doubrovka (gros succès public). Lajara semble alors oublier ce conseil donné par Lavabre dans ses didascalies initiales de ne rien jouer au second degré (une comédienne sur le côté lit toute la pièce durant ces didascalies, un dispositif un peu gênant au début, qui petit à petit trouve sa place et prend son sens). Résultat : sans jamais se lâcher, la parodie qui sonne un peu facile  tourne vite en rond. Surgissent ensuite les membres du commando tchétchène et débute le dispositif – astucieuse trouvaille - qui structure tout le reste de la pièce : en lieu et place de la soupe musicale servie aux spectateurs, les terroristes développent petit à petit leur propre théâtre sur la scène jusqu’à ce que s’achève la prise d’otage. Et la pièce par conséquent.

Des situations variées pour un théâtre dans le théâtre
Ce théâtre dans le théâtre permet aux terroristes de rejouer des scènes de soldats russes pénétrant dans une maison tchétchène, à répétition, comme se sont répétées au cours de l’Histoire les invasions russes en Tchétchénie. Il donne également à voir le plaidoyer d’une femme tchétchène habilement mis en reflet  avec celui d’une femme russe, et un jeu d’inversions de rôles entre un otage russe contraint à jouer au terroriste tchétchène et ces mêmes terroristes tchétchènes.  Ou encore à entendre une berceuse russe notoirement anti-tchétchène et une récitation désopilante de la fable du Loup et le chien de Jean de la Fontaine... On l’aura compris, le dispositif permet d’ouvrir sur un ensemble de situations variées qui fonctionnent comme autant de petits théâtres dans le théâtre à la manière d’un Shakespeare, ou plutôt comme des poupées russes, puisqu’on y est. Chacune permet d’explorer les ressorts de la haine : Histoire de conflits qui se transmettent de père en fils vue surtout à travers le prisme d’une récurrente oppression russe qui, ne l’oublions-pas, se trouve là en territoire étranger. Le tout “agrémenté“ de photographies tirées de reportages d’actualité.

Une pièce qui rend au théâtre ce rôle d’informer
Car on parle ici d’une réalité. Et s’il faut bien se regarder dans le miroir, difficile de nier que de ce côté-ci de l’Oural qui est le nôtre on ignore en grande partie de l’Histoire du conflit russo-tchétchène. Une lacune que la pièce comble à grands traits, certes, mais qui rend au théâtre ce rôle d’informer. Dans ce dispositif, le public de la pièce n’est d’ailleurs pas pris en otage. Tout part de la scène, Bruno Lajara tournant intelligemment le dos à cette facilité qu’il y aurait eu à faire surgir le commando parmi les spectateurs, ou les personnages otages du public. Avec le quatrième mur, le miroir persiste. Le théâtre est là qui veut refléter une réalité qu’il ne représente que rarement.  Et l’intrusion surprenante de l’Histoire des tchétchènes sur notre scène double (de manière plus douce bien évidemment) celle des vrais terroristes à Moscou. Sans violence. La mise en scène interroge d’ailleurs  avec intelligence - à coups de feu qui pètent ou à coups de poings retenus - celle qu’un spectateur est susceptible d’accepter.

Une polyphonie des semblables
Qu’on le veuille ou non, force est de constater que les terroristes  tchétchènes prennent ici la figure de cet Autre, radicalement différent, potentiellement ennemi, et qu’ils appartiennent au camp qu’un temps on qualifia à la manière d’un James Bond d’« axe du mal ». Non parce qu’ils sont tchétchènes, mais parce que le terroriste au nom de la supposée lâcheté de ses moyens d’action est (presque) toujours et (presque) sans nuance condamné.  Et que si l’on double cette image de celle de l’islamiste violent… L’entre-deux consiste donc ici à retourner le miroir pour qu’apparaisse un paysage inconnu. Un terroriste islamiste sympathique. Qui parle comme nous. Comme on imagine que parlerait l’auteur en parlant des tchétchènes. Comme on imagine que parlerait un défenseur de la cause tchétchène. Pas comme on imagine que parlerait un terroriste tchétchène islamiste. Cette polyphonie des semblables, cette étrange familiarité paraît alternativement gênante et nécessaire, indispensable et heuristique même quand la pièce se referme sur l’hypothèse complotiste mais vraisemblable du coup monté par le régime russe, de la violence téléguidée par ceux-là même qui disent la combattre, quand finalement, les personnages des terroristes paraissent bien être aussi nos créations, voire même, nos créatures.

MOUVEMENT.NET article d’Eric Demey (le 13 février 2012)

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Liens

Mentions diverses

Production Plateforme VIESÀVIES Coproduction Théâtre des Quartiers d’Ivry, Culture Commune – Scène Nationale du Bassin Minier du Pas-de-Calais, Ville de Grenay (Espace Ronny Coutteure), Maison Folie de Wazemmes (Ville de Lille), La Scène Watteau – scène conventionnée de Nogent-sur-Marne, le Théâtre de Cachan et l’ Ecam – Théâtre du Kremlin-Bicêtre. Soutien ADAMI, Région Nord-Pas de Calais et Conseil Général du Pas-de-Calais, villes de Bully-les-Mines (Espace François Mitterrand) et d’Avion (Espace Culturel Avionnais). 

Théâtre

Jeu|25|Oct 20h30

Tarif B

Durée 2h

RÉSERVATION
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